Samedi 23 avril 2005 6 23 /04 /Avr /2005 08:42

Pour un Monde plus juste : LA TAXE TOBIN

De son bureau à l’université Yale, aux Etats-Unis, le professeur James Tobin, Prix Nobel d’économie en 1981, observe avec un peu d’étonnement et beaucoup de sympathie le succès que sa proposition de taxation des transactions sur les monnaies rencontre actuellement dans de nombreux pays, particulièrement en France. Au-delà du « grain de sable » qu’elle mettrait dans les rouages de la spéculation, et des sommes considérables qu’elle pourrait dégager pour le bien commun de l’humanité, la taxe Tobin est devenue le symbole de la volonté de reconquête des espaces démocratiques confisqués par la finance.

 

 

 

 

 

 

 

 

  Il est des signes qui ne trompent pas : si, avec ce comportement moutonnier qui caractérise les opérateurs financiers, banquiers, ministres, « experts », économistes et journalistes bien-pensants consacrent autant de leur précieuse énergie à combattre une mesure, c’est qu’ils en ont senti l’impact populaire et donc le danger pour les intérêts dont ils sont les porte-parole. C’est bien ce qui se passe actuellement avec le projet de taxe Tobin. Proposée en 1978 par l’économiste et Prix Nobel américain James Tobin, cette taxe, comme on le sait, vise à imposer les transactions monétaires (opérations de change d’une monnaie à une autre) à un taux très faible, de 0,1 % à 0,25 %. Cela de manière à ne pas pénaliser les activités de l’économie réelle (importations, exportations, investissements), mais à mettre un « grain de sable » dans les rouages de la spéculation.

 

 

 

 

 

Après deux décennies de conspiration du silence autour de cette proposition, on est passé au pilonnage : désormais, toute la « communauté » de la finance, ainsi que ses amis et obligés, sont sur le pont pour faire barrage à cette maudite taxe. Ainsi, entre deux épisodes de son raid sur la Société générale et Paribas, M. Michel Pébereau, président-directeur général de la BNP , a trouvé le temps de venir participer à un colloque pour expliquer longuement qu’elle était à la fois impossible à mettre en place, inefficace et, sans rire, inéquitable (1).

 

 

 

 

 

Trois thèmes déjà ressassés depuis le printemps 1998 (2) par le ministre français de l’économie et des finances, M. Dominique Strauss-Kahn (3), par M. Olivier Davanne, conseiller du premier ministre (4), et dans une multitude d’articles de presse. Le premier de ces thèmes est que la taxe Tobin « n’est pas faisable sans un large accord international ». Mais qui a jamais dit le contraire ? Cette remarque vaut aussi logiquement pour toutes les propositions de réforme du système financier international, y compris celles du gouvernement français. D’autant que M. Pébereau donne lui-même la recette lorsqu’il explique que « les opérateurs de marché sont très créatifs et font travailler l’imagination avec beaucoup d’efficacité pour inventer des instruments susceptibles d’échapper à l’impôt dès qu’un impôt est créé ».

 

 

 

 

 

On n’ose pas croire que cet ancien inspecteur des finances préconise la capitulation sans combat devant les fraudeurs. On préférera lire sa remarque comme un appel à la créativité des experts de tous les ministères des finances des Quinze, de la Commission de Bruxelles et de la Banque centrale européenne pour élaborer des modalités d’application de la taxe Tobin neutralisant ou limitant les possibilités de contournement, sujet sur lequel existe d’ailleurs une abondante bibliographie (5). N’ont-ils d’ailleurs pas déjà fait leurs preuves en montant l’opération autrement plus complexe qu’était la mise en place de l’euro ?

 

 

 

 

 

228 milliards de dollars par an...DEUXIÈME tentative de contre-feu : « Ce n’est certainement pas une taxe de quelques dixièmes de point sur les mouvements de capitaux qui dissuadera les investisseurs de spéculer sur une dévaluation de 80 % de la roupie indonésienne en quelques jours. » Mais qui a dit que, dans les cas extrêmes, la taxe devrait seulement s’élever à quelques dizaines de points ? Et qui, sinon les gardiens de l’orthodoxie libérale, s’élèvera contre des mesures plus draconiennes, comme le contrôle des changes, dont la Malaisie ou Taïwan ont récemment montré l’efficacité ?

 

 

 

 

 

En vérité, il existe toute une panoplie d’actions possibles (6) pour combattre l’entrée de capitaux purement spéculatifs qui, lorsqu’ils se retirent brutalement, comme en Asie orientale en 1997, provoquent l’effondrement du taux de change. Notamment, comme cela a été expérimenté au Chili à partir de juin 1991, l’exigence d’un dépôt non rémunéré de 30 % auprès de la banque centrale, et pour une durée d’un an, accompagnant tous les prêts accordés par des banques étrangères à des entreprises et banques locales. La suppression des flux financiers en provenance ou à destination des paradis fiscaux est évidemment le corollaire indispensable de toute politique sérieuse contre la spéculation.

 

 

 

 

 

Il reste que, en régime de croisière, une taxe de 0,1 % sur chaque transaction sur les marchés des changes rapporterait annuellement 228 milliards de dollars - chiffre calculé sur la base des 1 587 milliards de dollars qui, selon la Banque des règlements internationaux (BRI), représentaient, en 1998, le volume quotidien de ces transactions (7). Les récents rapports de la Banque mondiale ( Indicateurs du développement) et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ( Rapport mondial sur le développement humain), démontrant la formidable explosion des inégalités induite par la mondialisation et l’extrême pauvreté que subissent notamment 1,7 milliard d’humains vivant avec moins de 1 dollar par jour, constituent un dramatique catalogue des besoins élémentaires de l’humanité non satisfaits. Les 228 milliards de dollars de la taxe Tobin trouveraient là manière à s’employer utilement.

 

 

 

 

 

Reste la dernière trouvaille contre l’imposition des transactions sur les devises, reprise, sans doute en désespoir de cause et sans la moindre apparence de démagogie, par M. Pébereau : « Créée pour frapper les spéculateurs, elle risque d’être surtout payée par d’innocents acteurs des échanges internationaux, qu’elle pénalisera sans véritable raison, et d’une façon qui n’est pas équitable. » Qui sont au juste ces « innocents acteurs » ? Les importateurs ou exportateurs, agissant dans l’économie réelle, dont on voudrait nous faire croire qu’ils seraient mis à genoux par une taxe de 0,1 % ou 0,2 % acquittée une fois pour toutes ?

 

 

 

 

 

Pour mémoire : le volume mondial annuel des échanges de biens et de services est de l’ordre de 6 000 milliards de dollars, c’est-à-dire l’équivalent de moins de quatre jours de spéculation. Ces quatre jours, auxquels - soyons généreux - on ajoutera l’équivalent d’une quinzaine d’autres (pour les investissements directs à l’étranger et les opérations de couverture contre les risques de change), doivent-ils occulter les quelque 220 ou 240 autres équivalents de jours ouvrables annuels consacrés à la spéculation pure ? Ainsi, au cours du seul mois de janvier 1999, au moment de la dévaluation du real brésilien, les « innocents acteurs » des banques implantées au Brésil ont réalisé, en toute « équité », entre quatre et huit fois plus de bénéfices que pendant tout l’exercice 1998 !

 

 

 

 

 

Après avoir fait le tour des arguments soulevés contre la taxe Tobin et mesuré leur fragilité, quand ce n’est pas leur inanité, on se rend bien compte que les problèmes qu’elle pose ne sont nullement ceux affichés par ses détracteurs. Le non-dit, qui leur brûle les lèvres, est qu’une telle mesure sanctionnerait le retour du politique dans un champ dont ils pensaient qu’il était - plus exactement qu’il s’était - définitivement exclu au terme de deux décennies de dépossession systématique de l’Etat (lire, page 3, l’article de Riccardo Petrella).

 

 

 

 

 

Que les élus et les gouvernements entreprennent de taxer la spéculation sur les monnaies signifierait qu’ils reprennent pied et entendent avoir leur mot à dire dans la sphère financière, qu’ils ne s’en remettent plus à l’auto-régulation des « marchés », alors que tout a été fait pour constituer ces derniers en pouvoir hégémonique. Un dangereux précédent qui, sait-on jamais, pourrait conduire à remettre en cause, entre autres, la liberté de circulation des capitaux, l’insuffisante imposition des revenus financiers, l’indépendance de la Banque centrale européenne, etc. Beaucoup plus que la charge de la taxe elle-même - parfaitement absorbable par le système financier et, de fait, élément de sa stabilisation -, c’est bien son caractère emblématique qui met les libéraux en état de transe.

 

 

 

 

 

Symétriquement, c’est ce même caractère emblématique qui explique son succès dans l’opinion, dont témoignent, bien que cela soit loin d’être son unique axe d’action, le développement étonnant de l’association Attac en France et la création de multiples autres Attac en Europe, en Afrique et dans les Amériques (8). Une cible est clairement désignée : les marchés financiers, dont il convient de s’approprier le mode de fonctionnement pour combattre leur dictature. Une arme : la taxe Tobin, parce qu’elle vise un mode particulièrement choquant de gagner de l’argent sur de l’argent, fût-ce au prix de la dévaluation non seulement de monnaies, mais de sociétés entières, et étant entendu que cette taxe constitue une première étape qui en appellera d’autres. Un objectif : reconquérir les espaces perdus par la démocratie - et par ceux qui sont censés la représenter, les élus - au profit de la finance.

 

 

 

 

 

La taxe Tobin a pris, ces derniers temps, une dimension internationale qui dépasse les propositions initiales de son auteur : la stabilité du système monétaire international. Des propositions formulées, de surcroît, dans un contexte idéologique américain où le pouvoir de la sphère financière n’est pas perçu comme antinomique avec l’exercice de la démocratie (lire, page 15, l’article de Herbert I. Schiller). Ce qui explique que le professeur James Tobin ait récemment pu dire : « Le fait que l’on assimile mon système de taxation des opérations de change à une réforme de gauche demeure pour moi une énigme  (9). »

 

 

 

 

 

Face à des opérateurs financiers incapables de penser au-delà du bilan quotidien de leurs profits ou de leurs pertes, cette remarque est parfaitement justifiée. En revanche, elle mésestime la formidable dynamique de réappropriation de la citoyenneté dont le combat pour ladite taxe est déjà le vecteur dans des sociétés non encore totalement prisonnières du corset libéral. M. Strauss-Kahn, qui n’en ignore rien, mais qui excelle dans le brouillage des pistes, a cru pouvoir invoquer l’autorité du professeur américain pour suggérer que, finalement, cette taxe n’est pas vraiment de gauche, ce qui serait donc le cas de ceux qui, comme lui, la refusent (10).

 

 

 

 

 

C’est au sein de l’Union européenne que le combat pour la taxe Tobin peut actuellement avoir le plus d’impact. Non seulement parce que la zone euro pourrait techniquement se constituer sans difficulté en « zone Tobin (11) », mais parce que le gouvernement d’un Etat membre, la Finlande , a inscrit cette taxe dans son programme. Le ministre finlandais de l’industrie et du commerce, M. Erkki Tuomioja, s’en est notamment fait l’avocat.

 

 

 

 

 

Assurant la présidence de l’Union au cours du second semestre 1999, et disposant de la maîtrise de l’ordre du jour des conseils des ministres et des conseils européens, la Finlande a ainsi la possibilité de montrer que, au sein des Quinze, tout ne se règle pas entre Berlin, Londres, Madrid, Paris et Rome, et qu’un « petit » pays peut prendre une initiative exemplaire (12). Une initiative qui, après le désintérêt général pour les élections au Parlement de Strasbourg, montrerait aux citoyens européens qu’il ne faut pas désespérer d’une construction communautaire jusqu’ici conduite au seul nom du marché.

 

 

 

 

 

Bernard Cassen

Par SAM GAMJI - Publié dans : Economie Rationnelle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 23 avril 2005 6 23 /04 /Avr /2005 08:24

LE RMA : un revenu maximum acceptable...

Par Patrick Viveret - 4/10/2004


proposé par le MEDEFF ..(mouvement pour un espace de désintoxication de l’économie financière..et pour la fraternité.
Tant pour des raisons de justice sociale que d’ordre public et de politique de santé  il faut stopper la dérive folle des très hauts revenus. Ce nouveau RMA (revenu maximal acceptable) indexé sur les minimas sociaux serait d’ailleurs proposé par le MEDEFF qui n’est autre que le mouvement pour un espace de désintoxication de l’économie financière et pour la fraternité !
Au moment où l’on demande aux catégories les plus modestes d’accepter des régressions sociales majeures au nom de la compétitivité il est inacceptable de voir se constituer des fortunes sur la base de pures logiques spéculatives et rentières. Tant pour des raisons de justice sociale que d’ordre public et de politique de santé  il faut donc stopper la dérive folle des très hauts revenus. Ce nouveau RMA (revenu maximal acceptable) indexé sur les minimas sociaux serait d’ailleurs proposé par le MEDEFF qui n’est autre que le mouvement pour un espace de désintoxication de l’économie financière et pour la fraternité !
Quel est l’argument principal des dealers dans une cité de banlieue quand ils cherchent à convaincre un jeune de rentrer dans un réseau de revente de drogue ? "Pourquoi vouloir te fatiguer à gagner en un mois ce que tu peux gagner en une journée ? Regarde au JT on a encore eu l’exemple d’un grand patron qui rafle un paquet énorme de stocks options ou augmente son revenu de 30% alors que sa boîte est en difficulté..Telle est la loi de la jungle dans laquelle nous sommes". C’est dire qu’au delà d’un certain seuil des inégalités de revenu ou de fortune sont des incitations à l’incivisme et à la délinquance . C’est encore plus vrai à l’échelle mondiale. Quand la fortune de 225 personnes est égale au revenu de deux milliards et demi d’êtres humains (chiffres officiles du PNUD) le coktail explosif de l’humiliation et la misère constitue un réservoir de choix pour les fondamentalismes, les intégrismes et les terrorismes de toute nature. Problème d’ordre public donc mais aussi problème de santé mentale. Au delà d’un certain niveau de fortune il se met en place un phénomène psychique de déréalisation que connaissent bien les personnes qui travaillent sur les psychoses maniaco-dépressives et qui peuvent conduire à des mises sous tutelle ou sous curatelle car les personnes atteintes sont incapables de gérer rationnellement leur argent. C’est le même processus qui se produit aussi chez nombre de sportifs, d’artistes, de PDG, de présdentateurs de TV etc. qui "disjonctent" et, circonstance aggravante entraînent souvent les collectifs ou les entrepeises dont ils sont memebres ou responsables dans leur propre délire. Le cas Messier-Vivendi en est un exemple patent. Outre des raisons de justice sociale évidentes (rien ne peut justifier que des êtres humains soient à la rue quand d’autres ne savent pas quoi faire de leur argent) une réforme de ce type devrait être proposée conjointement par le ministère de l’intérieur et le ministère de la santé. En attendant c’est le MEDEFF (espace de désintoxication de l’économie financière et pour la fraternité) qui se propose de lancer cette campagne civique ! Plusieurs modalités sont envisageables. L’une d’entre elles, libérale dans ses modalités d’application, consisterait à proposer un processus en deux temps :
1) le Parlement délibère du niveau maximal d’inégalités réelles (et non statistiques) compatibles avec l’idée que la collectivité se fait de ses propres valeurs. Il définit ainsi un seuil de revenu minimal et un seuil de revenu (personnel) maximal acceptable. Les deux revenus sont liés selon le principe thermostatique : quand il y a excès et insuffisance aux deux bouts de la chîne on crée une boucle de rétroaction positive. Si l’on veut augmenter le RMA (personnel) il faut augmenter aussi les minima sociaux. Dans le cas où le Parlement refuse un plafond supérieur il doit assumer publiquement la réalité du niveau d’inégalités. Reconnaître par exemple qu’au pays de la déclaration des droits de l’homme l’inégalité effective est aujourd’hui dans un rapport de un à X milliers.(chiffres précis à venir)
2) le plafond maximal personnel étant défini, tout revenu supérieur peut être, au choix, versé dans l’ISF ou, si les personnes démontrent l’utilité sociale de ce suplément de revenu, affecté à une fondation. La fondation peut être en effet un bon cadre pour répondre de manière très libérale à cet objectif très radical. Dans ce second cas les personnes au dessus du RMA disposeraient donc de la première partie de l’année fiscale pour déposer un projet de fondation associant la personne concernée et la collectivité. La fondation peut d’ailleurs porter le nom de la personne si celà peut satisfaire son ego mais comme toute fondation la collectivité y est représentée et les objectifs doivent correspondre à des critères d’utilité publique ou sociale (au sens large écologique compris).
Il faudra bien entendu répondre à l’argument du risque d’évasion fiscale qu’une telle mesure ne manquera pas de susciter. Ce projet devrait donc être couplé avec d’autres propositions concernant la lutte contre les paradis fiscaux défendu notamment par Attac. Mais on peut dores et déjà dire que les personnes qui seraient à ce point dans une posture cynique et incivique pour refuser une telle mesure sont peu utiles à leur pays. Dans une économie de la connaissance et à l’heure de la révolution de l’intelligence la qualité de l’intelligence est directement liée à la qualité d’écoute et de générosité. L’autisme et le cynisme ne sont guère propices à la fécondité de l’intelligence collective. Leur "délocalisation" volontaire ne serait pas pour le coup un drame national

Par SAM GAMJI - Publié dans : Economie Rationnelle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 19 avril 2005 2 19 /04 /Avr /2005 18:25

Voici les photos de mon voyage au Honduras en Juillet 2004 :

 

 

Par SAM GAMJI - Publié dans : Photos de mon voyage au Honduras
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 18 avril 2005 1 18 /04 /Avr /2005 18:37

Voici des photos d'Angers prises pendant mon année d'étude là bas en 2004 :

 Le célèbre Chateau d'Angers :

Jolis Massifs dans le ville des Fleurs :

 

La Fac des Sciences (Bellebeille) :

 

le pont qui relie les deux parties d'Angers au dessus de la maine :

 

Signes dans l'étang du Jardin des Plantes :

Et mon studio d'Angers pas très grand :

Par SAM GAMJI - Publié dans : Angers (49)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus